Fort d'Eben Emael 2

Suite de l'article de Joseph Thonus

 

Amortisseur du récupérateur de douilles de la coupole de 120

 

Des actions (erreurs) lourdes de conséquences

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        Le major Jottrand donne priorité aux corvées

        Le commandant du fort n'a pas été informé par l'échelon supérieur des renseignements alarmants du 9 mai (effervescence de la Wehrmacht dans l'après-midi de cette journée, en l'occurrence plusieurs unités serrant sur la frontière), pas plus que des activités militaires ennemies dans le secteur frontalier du Groupement K . En l'absence de la garnison de Wonck, qui le 10 mai vers 02 h 00 n'a pas encore rejoint le fort, il décide de commencer les déménagements prévus par les ordres du dossier d'alerte. Le personnel de piquet de tous les blocs de défense rapprochée du pourtour du fort et de Mi Nord et Mi Sud sont appelés devant la poterne. Cette décision prive temporairement le massif du fort de l'essentiel de sa défense terrestre (6 Mi, 1 FM et 4 projecteurs).

« Alerte générale »

      A l'arrivée des planeurs, le major Jottrand et quelques officiers se trouvant à la poterne du fort avec les hommes de corvée, aperçoivent des avions volant « moteurs calés ». Du téléphone du corps de garde, le commandant Hoterman ordonne aux MiCA d'ouvrir le feu « s'il s'agit d'avions allemands ». Le major Jottrand donne l'ordre de faire sauter les dispositifs de destruction du groupe : Eben-Emael (ponts de Canne, de Lanaye et de Petit-Lanaye) et fait rentrer tout le monde dans le fort. Rentrant dans son bureau administratif (caserne souterraine), il fait sonner par les sirènes « alerte avions ». Le commandant Vanderauwera ordonne l'alerte « attaque générale », ce qui doit entraîner le tir sur les glacis  des armes de tous les blocs de défense extérieurs. Or, c'est l'alerte « attaque massif » qu'il aurait fallu ordonner  ! Avec pour conséquences le déclenchement d'un tir général des pièces protégeant le massif. En combinaison avec les 6 Mi et 2 FM  balayant de leurs tirs le massif du fort, on peut imaginer ce que les tirs des 10 canons de 75 en « boîtes à balles »  et des 2 canons de 120 « fusant à évent zéro » auraient pu causer comme dégâts au groupe de l'opération « Granit », débarquant sans protection sur les superstructures du fort ! Encore eût-il fallu que ces ouvrages soient prêts et en mesure de tirer ! Si tel avait été le cas, avec les moyens dont disposait le fort, les planeurs et leurs occupants auraient été anéantis en quelques minutes !.

 

       Les ouvrages n'étaient pas prêts à entrer en action

 

       Tout d'abord on n'avait pas ouvert les premières caisses de munitions ! Il faut savoir que toutes les munitions, quelle qu'en soient la nature, sont stockées dans des caisses scellées (emballage de sécurité contre l'humidité ).

       Chacun savait qu'il n'était pas question de desceller les caisses sans un ordre ! Si lors d'une alerte, l'on descellait des caisses, après la fin de l'alerte c'était tout un drame pour les faire resceller par les services spécialisés, aussi on y regarde à deux fois. C'est ainsi que, même le 10 mai, le chef du bloc VI se voit infliger des reproches en provenance du PC parce qu'il avait ouvert quelques caisses ! Au bloc Mi Nord, le brigadier Petry reçoit l'ordre du PC de ne pas ouvrir les caisses. Aussi les mitrailleuses ne seront-elles pas chargées !

       Quelle est donc la situation des ouvrages du massif au moment où apparaissent les planeurs ennemis ?

       Défaillances techniques et manquements aux ouvrages de superstructure

      A Coupole Nord : on se prépare à effectuer un tir « boîtes à balles » mais ... incident ! Le monte-charge est bloqué, un pourvoyeur ayant mal disposé les munitions dans la noria . La coupole sera neutralisée pendant le dépannage. En fait, bien qu'ayant subi les explosions de deux charges creuses de 50 Kg, la coupole avait bien résisté. Non seulement son blindage n'avait pas été percé mais elle était encore en état de fonctionner et, par un pur hasard, le personnel n'avait pas été atteint par les effets des explosions. En réalité ce fut l'attaque de son débouché d'infanterie qui causa l'abandon de l'ouvrage. Et pour cause : grilles, portes de sas, chariots de munitions et cage de monte-charge étaient hors service. Normalement l'entrée du débouché d'infanterie était défendu par un FM dont les tirs devaient en interdire l'accès. Cependant, à l'aube du 10 mai, alors que les aéroportés attaquaient les ouvrages de superstructure, le poste FM était inoccupé ! Ce manquement permit à un sous-officier parachutiste de faire sauter la grille de protection avec une charge de 3 kg et de placer une charge creuse, de 12,5 kg, au pied de la porte renforcée. L'explosion ravagea le niveau de la noria. Remarque : des travaux de restauration ayant eu lieu en 1998 ont permis d'effectuer une analyse approfondie des effets des explosions et par conséquent du déroulement de l'attaque de cet ouvrage, jusque-là inaccessible. Il en résulte sans conteste que :

- le barrage de poutrelles était en place (arraché par l'explosion)

- le défenseur n'était de ce fait pas à son poste (plus de vue vers l'extérieur)

- la porte renforcée n'était pas verrouillée (verrous demeurés intacts)

- un seul mort, le brigadier Biesman qui débloque le monte-charge au niveau de la noria.

- de par son emplacement par rapport à celui de la charge creuse, si le tireur FM avait occupé sa place, il aurait été déchiqueté.

NB : cette coupole est à ce jour encore en état de se mouvoir (éclipse et orientation). In fine, après avoir manqué sa première mission par manque de personnel (salves d'alertes), Coupole Nord n'aura pas tiré un seul obus !

 

     A Coupole Sud :

 

 

Hormis le petit incident lors du tir des salves d'alerte, c'est le seul ouvrage qui est en mesure de tirer durant les deux jours de combat, ce qui gène fortement les attaquants.

La capacité opérationnelle de la coupole 120, une merveille de technologie

Avant guerre, la même impression d'admiration gagnait les rares visiteurs « privilégiés » ayant eu l'occasion de pénétrer dans la coupole de 120. « C'est cela qu'il faut voir » tout marche à l'électricité ! On pousse sur un bouton et les canons se placent en position de tir. On pousse sur un autre et l'obus monte avec la charge à hauteur de la culasse. Un troisième bouton et l'obus est refoulé dans la chambre du canon. Une pression sur un quatrième bouton et voilà que toute la coupole tourne en un mouvement si doux qu'on a l'impression de ne pas bouger ! Plus que l'épaisseur des voûtes et des cuirasses, ce qui étonnait le visiteur c'était la propreté du matériel tout neuf et surtout le mécanisme perfectionné qui permettait à l'ouvrage de se mettre en action avec une extrême rapidité. Qu'en fut-il le 10 mai 1940 ?

Lorsque la coupole reçoit l'ordre de tirer (04 h 25) les incidents commencent :

1° On se rend compte que les monte-charge sont déréglés (problème de noria).

2° Le déboucheur apprête son matériel et s'aperçoit que les lames de la pince du débouchoir  ont disparu ! L'évent le plus petit au débouché est de 15'', ce qui correspond à environ 6 km de portée .

3° On réalise qu'il n'y a pas moyen de déclencher le contre-poids de lancement du refouloir ! L'embrayage reste calé, malgré les efforts des hommes. On tente alors d'effectuer la manoeuvre de chargement manuellement mais la puissance de refoulement de l'obus étant insuffisante, ce dernier ne s'engage pas dans les rayures du tube et retombe sur le refouloir. Impossibilité de charger ! «  Coupole 120 manque » ! Lorsque le chef de pièce informera le PC de la progression des aéroportés allemands vers sa coupole, le PC ordonnera «  défendez-vous comme vous le pouvez ». Cette coupole, dotée d'une cuirasse de plus de 400 tonnes d'acier, sous laquelle se trouvent des canons jumelés d'une puissance de feu égale à une batterie de 120 , en sera réduite au tir à la carabine d'un homme, visant par le logement d'une lunette de pointage « manquante » !!!

 

Maastricht I

 

 

 

Au moment de l'alerte, elle est occupée par une équipe presque complète, mais à 02 h 30 elle reçoit l'ordre d'envoyer la moitié de son personnel dans la cour, devant la poterne, pour renforcer les corvées. De ce fait, les hommes restants sont trop peu nombreux pour servir la casemate, qui sera neutralisée par une charge creuse de 12,5 kg avant d'avoir reçu le moindre ordre de tir.

 

      Maastricht II

 

 

 

Il y manque 12 hommes, mais elle reçoit du personnel de renfort de Maastricht I. Les fonctions des membres du groupe présent sont mal définies. Dès le début de l'attaque la cloche d'observation, dont la lunette manque, est détruite par une charge creuse de 50 kg. Simultanément, une attaque par charge creuse de 12,5 kg détruit une embrasure de la casemate. L'ouvrage est neutralisé avant d'avoir pu tirer un seul coup.

 

       Visé I

 

 

Il y manque 12 hommes, à l'instar de Maastricht 2. Bien que disposant d'un important secteur de tir sur le massif du fort, Visé I est dépourvu de « boîtes à balles ». Faute d'objectif désigné, on tire donc « fusant à évent zéro » pour occuper le personnel. Bien que son orientation (vers Visé) ne présente aucun danger pour l'opération ennemie, l'intervention de la casemate attirera sur elle l'attention des aéroportés. Conscients du danger, ceux-ci mettent les pièces hors d'usage en introduisant des charges explosives dans les tubes à 09 h 00 et à 17 h 00.

 

     Visé II

 

 

 

L'équipe est pratiquement au complet. Située au Sud du massif, orientée vers Visé et n'ayant de surcroît pas tiré, cette casemate ne sera pas inquiétée par l'ennemi.

 

     Mi Nord

 

 

Ne sont à leur poste qu'un brigadier et quatre hommes non qualifiés, sur un effectif de 2 sous-officiers et 12 hommes. De toute évidence, c'est insuffisant pour assurer le service de 3 mitrailleuses, 1 fusil-mitrailleur et 2 projecteurs, mais les deux observateurs d'Eben II sont à leur poste. Ordre est donné de ne pas ouvrir les caisses de munitions ! Lors de l'attaque ennemie par charges creuses sur la cloche d'observation et sur les embrasures, les armes ne sont donc pas chargées !

 

     Mi Sud

 

 

L'équipe de piquet à son poste dans l'ouvrage, est rappelée à 02 h 30 pour effectuer des corvées (3 brigadiers et 11 soldats). L'ouvrage est vide lors de l'attaque ennemie par lance-flammes et charges creuses.

 

     Les Mi CA

 

 

 

L'adjudant Longdoz dispose de 4 mitrailleuses. Voyant apparaître des « avions », il demande par téléphone l'autorisation d'ouvrir le feu . Il lui est répondu de ne tirer que s'il voit distinctement les signes de nationalité étrangère. Les planeurs portent bien des croix noires sur le fuselage, mais si petites, que dans l'aube naissante on ne les distingue pas ... ou trop tard ! Enfin, l'ordre de tirer est donné par le commandant Hotermans. Les MiCA tirent mais, mal réglées, seules les Mi 1, 2 et 4 parviennent à cracher ensemble une cinquantaine de cartouches et ... s'enrayent ! Il est déjà trop tard, les planeurs sont sur le point d'atterrir;  l'un d'eux passe si près qu'il arrache de son aile une mitrailleuse de son socle. Les aéroportés bondissent de leurs planeurs en tirant et en hurlant. Surpris par les tirs de mitraillettes et les lancements de grenades, les MiCA ne disposant que de leurs carabines, sont bien vite réduits à l'impuissance. Il en est de même des hommes se trouvant encore dans le baraquement Graindorge , où se trouvent un téléphone et deux mitrailleuses de réserve. A l'arrivée des planeurs, le baraquement aurait dû être vide, mais il y restait encore quelques hommes. Probablement certains « MiCA » préféraient-ils attendre la fin de l'alerte à l'abri, plutôt qu'en plein air ?

 

Quels étaient les obstacles de défense dont disposait le fort ?

 

Du côté canal, la tranchée de Caster, dont la pente abrupte mesure 60 mètres, constitue un obstacle infranchissable . De plus, Canal Nord et Canal Sud tiennent le canal Albert sous leurs feux. Sur le flanc Ouest, faisant face aux points d'appui du 2e Grenadiers, du bloc II au canal, le fossé « humide » de 10 mètres de large est inondé sur une profondeur de 4 mètres par les eaux du Geer. Le flanc du massif, très escarpé, est couvert par les armes des blocs I et II. Du côté Sud, il y a un fossé sec  de 10 mètres de large et 4 mètres de profondeur. Sur le flanc du côté du fort, le mur d'escarpe est bétonné. Tout ce périmètre est tenu sous le feu des blocs I, IV, V et VI . Il y a en outre divers types d'obstacles (barbelés, tétraèdres, etc.) devant les blocs I, II, IV, VI ainsi que sur le glacis allant du bloc V jusqu'au canal. Comme on peut s'en rendre compte, on avait tout de même pensé aux éventuelles attaques terrestres (conventionnelles).

 

D'autre part, sur les superstructures, seuls Mi Nord, Mi Sud et 01 disposent d'une double rangée de barbelés. Par contre, les ouvrages d'artillerie sont dépourvus de fossés « diamant » ou d'autres obstacles pouvant entraver l'approche. Aussi peut-on sans peine accéder aux tourelles et embrasures des casemates pratiquement de plain-pied. La surface du massif est dépourvue de tout obstacle ! Cet état de fait entraînera de multiples reproches à l'encontre du commandant du fort et de l'autorité supérieure. Il eût en effet été souhaitable d'avoir des réseaux de barbelés autour de chaque ouvrage et même dans les intervalles.

 

Il ne s'agit cependant pas d'un simple oubli, il est bon de se souvenir que lors d'une visite du conseiller militaire du Roi, le major Jottrand lui avait signalé les déficiences de son dispositif de défense; il s'était fait, selon la coutume, vertement rabroué avec cette morgue insupportable, célèbre chez le général Van Overstraeten . Il est vrai que le massif du fort pouvait être battu par les canons de 75 tirant en « boîtes à balles » et les 120 fusant à évent zéro ! De plus, il y avait les 6 mitrailleuses de Mi Nord et Mi Sud, sans oublier les 2 FM des débouchés d'infanterie. Mais tout de même, le major Jottrand n'aurait-il pu prendre l'initiative de faire placer des réseaux de barbelés autour des ouvrages et sur le massif du fort ? Il faut avoir connu l'armée belge en 1940 et ses principes de centralisation à outrance, pour savoir que pour obtenir ne fût-ce qu'un clou ou un piquet, il fallait l'accord des plus hautes autorités !

Il n'empêche qu'il est quasi certain que si les aéroportés s'étaient retrouvés empêtrés dans des réseaux de barbelés pour ensuite se heurter à un fossé « diamant » avant de pouvoir placer leurs charges creuses sur les coupoles et embrasures des ouvrages, les défenseurs auraient sûrement eu le temps d'intervenir. Si seulement, à défaut de tétraèdres, de simples pieux avaient hérissé les superstructures du fort, l'atterrissage des planeurs se serait transformé en catastrophe pour le groupe Granit ! Le 10 mai 1940, comme à l'exercice, sur un terrain de football, les aéroportés n'eurent aucun mal à courir vers leurs buts, bien que lourdement chargés de leurs charges creuses !

 

Ce que les aéroportés allemands ignoraient

 

1° Les fausses coupoles. Bien que l'opération ait été préparée dans ses moindres détails, à l'aide des renseignements patiemment accumulés, les parachutistes ignoraient que trois coupoles étaient factices. Ainsi, deux équipes de planeurs (troupes 6 et 7) soit 15 hommes, furent entraînés à la prise de ces deux coupoles de la pointe Nord (la fausse coupole plus au Sud ne fut pas concernée).

2° Les sorties de secours. Chaque ouvrage, à l'exception des coupoles et des casemates, possède une sortie de secours invisible de l'extérieur. Ces sorties ne sont connues que de certains officiers. Il s'agit d'un trou d'homme, percé dans le béton un peu plus bas que le sol extérieur et muré par quelques briques. En cas de nécessité absolue de sortir, il suffit d'enlever ces quelques briques et de creuser un peu la terre pour arriver à l'extérieur. Au bloc 01, la sortie est sur le haut. Aux ouvrages Canal Nord et Canal Sud, elle donne sur le chemin de halage du canal Albert. Les aéroportés ignoraient cette particularité qui aurait pu leur être bien utile cependant, notamment pour faire sauter les ouvrages.

3° La topographie interne du fort. Les Allemands ignoraient tout de la conception interne du fort, de même que des dispositifs de sautage des galeries .

Ces faits confirment qu'aucune fuite d'information ne s'était produite durant la construction du fort ni, par la suite, au cours de son occupation par la garnison.

Les déboires du groupe Granit

Contrairement aux espoirs du haut-commandement allemand, l'armée belge et, en l'occurrence, le fort d'Eben-Emael, sont alertés suffisamment tôt  pour être prêts dès 03 h 30, soit trois heures après l'ordre d'alerte (laps de temps prévu par le dossier d'alerte). Compte tenu des armes pouvant agir sur le massif du fort, les planeurs et leurs occupants devraient être anéantis en quelques minutes. Si, contre toute attente, il survivait, le groupe Granit serait handicapé par :

- l'absence de deux planeurs (n° 2 et 11) dont celui du chef de groupe, le lieutenant Witzig (qui rejoint alors que la mission est accomplie);

- les planeurs 6 et 7 perdent du temps en attaquant les fausses coupoles, ce qui les retarde dans l'exécution de leurs autres missions;

- le retard que subissent le groupe d'artillerie Aldinger , l'IR 151 et le bataillon PI 51 à Maastricht, dans l'énorme embouteillage causé par l'échec du Bau-Lehrbataillon zur Besonderen Verwendungen n° 100, en l'occurrence le sautage des ponts de Meuse, ensuite par celui du pont de Canne sur le canal Albert;

- le manque d'armes lourdes (mitrailleuses et mortiers).

 

Witzig raconte

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La chute aussi inattendue et rapide du fort d'Eben-Emael, ainsi que la brièveté des communiqués de la Wehrmacht, laissèrent planer un certain mystère sur le déroulement de cet audacieux coup de main. S'emparant du sujet, la presse étrangère donna libre cours aux narrations les plus fantaisistes. C'est ainsi qu'en 1941, un journal américain claironnait, suivant les déclarations d'un capitaine hollandais, que les firmes allemandes ayant participé aux travaux du canal Albert, auraient laissé en Belgique certains de leurs ouvriers, qui se seraient même mariés dans la région. Ceux-ci, ayant pendant des années cultivé des endives dans les grottes de l'endroit, auraient profité de l'occasion pour amasser sous le fort d'Eben-Emael, des charges explosives qu'il n'y aurait plus qu'à amorcer le jour de l'attaque de l'ouvrage.

En réalité, durant la construction du canal et du fort, nous n'avons pu obtenir aucune information susceptible de nous intéresser. La vérité est que le secret des fortifications fut tout aussi bien gardé du côté belge, que de notre côté celui des nouvelles méthodes de combat et des nouvelles armes.

Bien que connaissant parfaitement la disposition des ouvrages « extérieurs » (superstructures) et des défenses périphériques, grâce à l'exploitation de photos aériennes, nous ignorions tout de la conception interne du fort. Certes, nos services d'information avaient eu l'occasion de questionner certains transfuges et déserteurs belges, mais les renseignements obtenus ne furent d'aucune utilité, n'ayant rien de commun, ni rien à voir avec Eben-Emael, dont la construction était récente. Notre mission comportait d'énormes risques, tant dans sa première partie, comprenant le décollage et le vol de nuit qui à eux seuls constituaient un véritable exploit, que dans sa deuxième partie. Cette seconde partie de la mission comprenait l'atterrissage et la destruction des ouvrages. C'était le moment le plus critique, celui où nous serions les plus vulnérables, car soumis au feu des armes des défenseurs. Il était prévu que les quatre groupes atterriraient simultanément à 04 h 25, exactement 5 minutes avant le franchissement de la frontière germano-hollandaise par nos troupes. Ces cinq minutes de sécurité avaient été requises par le commandant Koch, afin de garantir l'effet de surprise.

Chacun connaissait exactement sa mission dans les moindres détails. Le temps jouant contre nous, tout devait aller très vite; les destructions devaient être exécutées endéans les 10 minutes, tout ce qui ne serait pas réalisé avant les 60 premières minutes, ne pourrait plus l'être suite à la réaction des défenseurs. Nos seuls atouts se résumaient en « surprise » et « rapidité d'action ». La mission était claire, attaque simultanée et destruction de toutes les armes d'infanterie, depuis les mitrailleuses jusqu'aux canons à tir rapide. Neutralisation de l'artillerie orientée vers le Nord (protection des ponts de Veldwezelt, Vroenhoven et Kanne) et résistance sur place jusqu'à la relève par les unités d'avant-garde. A notre grand étonnement et soulagement, les défenseurs n'opposèrent aucune réaction.

Tout se déroula comme à l'exercice. Le fait que les ouvrages d'artillerie n'étaient pas protégés par des fossés, réseaux de barbelés ou obstacles quelconques, nous facilita énormément la tâche; c'était inespéré ! L'absence de mines sur le terrain, facilita encore considérablement notre entreprise !

Bien que la prise de certains ouvrages nous offrît la possibilité de pénétrer dans les galeries du fort, nous n'avons pas tenté d'incursion. Cela aurait comporté trop de risques, étant donné que nous ne connaissions pas la topographie des lieux, ni même l'organisation de la défense interne, pas plus que le système des destructions prévues. Des grenades et des charges explosives furent lancées vers les étages inférieurs afin de décourager les défenseurs à contre-attaquer par les escaliers.

Nous nous attendions par contre à des contre-attaques sur le massif. Le fait que les troupes qui devaient nous relever soient bloquées par le sautage des ponts de la Meuse et du pont de Kanne, nous causa un sérieux problème et d'inquiétants soucis, car nous fûmes contraints de tenir notre position toute la nuit du 10 au 11 mai, alors que nous aurions dû être relevés dès la matinée du 10. Il va de soi, compte tenu du manque d'armes lourdes, de notre faible effectif, des blessés et des tués, que nous n'aurions pas pu tenir face à une contre-attaque bien menée avec des forces suffisantes. Si, pendant la journée, notre Luftwaffe nous protégea efficacement, dès la tombée de la nuit, nous devenions très vulnérables. Ce que nous redoutions le plus, c'était la possibilité d'infiltrations à la faveur de l'obscurité. Fourbus par cette rude journée, les hommes restèrent sur un informel qui-vive jusqu'au lendemain matin. Fort heureusement, les timides tentatives de contre-attaques furent repoussées sans peine et la nuit fut calme.

 

Quelles sont les raisons qui causent la reddition du fort :

 

1° La surprise est telle qu'elle annihile d'emblée toute volonté de combattre.

2° La neutralisation des ouvrages extérieurs crée une atmosphère d'insécurité. Se croyant en sûreté, à l'abri des cuirasses, les hommes réalisent subitement qu'ils sont très exposés et soudainement, ils se sentent prisonniers de leur propre fort.

3° Suite aux explosions ébranlant le fort et à la fumée se répandant dans les galeries, la panique s'empare des défenseurs.

4° Toute aide extérieure est vouée à l'échec, même durant le temps où le fort n'est pas encore encerclé (action de la Luftwaffe).

5° Il n'y a aucune tentative de contre-attaque en force suffisante et surtout animée de la ferme volonté de nous déloger. La garnison, forte de 1.200 hommes, a été entraînée à combattre sous la protection du blindage des ouvrages, mais pas en terrain découvert. Il faut considérer qu'il y avait là une grave lacune au niveau de l'instruction militaire, d'autant plus que le moral faisait défaut. Une attaque nocturne nous aurait mis immédiatement en danger !

6° L'ouvrage avait de nombreux points faibles. Les coupoles d'artillerie ne disposaient d'aucun moyen de défense rapprochée propre. Les casemates étaient dépourvues de fossé interdisant l'approche des embrasures . Il n'y avait aucun réseau de barbelés protégeant l'approche des ouvrages, ni aucune mine ! Par contre, nous avons été leurrés par les fausses coupoles, qui étaient parfaites. Nous n'avons pas pris assez de précautions vis-à-vis de Coupole Sud qui, de par sa situation, ne semblait pas pouvoir nous mettre en danger mais qui finalement, balaya le fort de tirs de harcèlement. Dans l'ensemble nous avons trouvé le fort moins bien défendu que nous ne le supposions et notre entraînement sur des fortifications mieux protégées nous a été profitable. Les blocs Canal Sud et Canal Nord furent les plus performants, ils étaient inaccessibles et défendirent efficacement le canal.

 

Trahison ... cinquième colonne

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Il a souvent été fait allusion à l'existence d'une cinquième colonne et, en l'occurrence, à des sabotages du matériel de tir. Dans l'immédiat après-guerre, par manque de sources fiables, il a été fort difficile de se prononcer sur la question. Il faut de toutes manières se montrer très circonspect sur un pareil sujet. Néanmoins, certains témoignages ont été enregistrés et ont fait l'objet d'enquêtes minutieuses qui, soit se soldèrent par des non-lieux, soit révélèrent des incohérences ou des absences de preuves.

A l'heure actuelle, un seul point reste acquis : les Allemands possédaient les plans des superstructures du fort. Le 10 mai 1940, on a en effet trouvé sur le corps d'un aéroporté, une carte au format carte postale, donnant à l'échelle tous les organes de la superstructure du fort. Ce document a été établi à l'aide de photographies aériennes, comme il a déjà été dit précédemment (documents 115/16-108/4-113/3-116/12) . Avant la mobilisation, la position fortifiée de Liège fut souvent survolée par des avions étrangers, voire un dirigeable, sans que ceux-ci aient été inquiétés. Witzig n'a, pour sa part, jamais nié s'être servi de photographies aériennes, qui lui fournirent les informations nécessaires à l'entraînement de ses hommes.

D'autre part, un Malmédien nommé Fritz Bodet, déserteur au début 1940, se serait engagé dans le régiment spécial Brandenbourg, dont faisaient partie les pilotes de planeurs qui participeront à l'attaque sur Eben-Emael (documents 115/18-149). Il résulte d'un jugement rendu à Bruxelles en juin 1947, que Bodet n'a pas participé à l'attaque du fort.

Il faut savoir que d'anciens soldats du fort, tels que Guens (milicien classe 38), Laurent (milicien classe 36) et Duchâteau (milicien classe 34) se sont engagés pendant l'occupation à la Légion Wallonie ou à la Werbestelle, mais cela ne prouve strictement rien quant à leur conduite avant-guerre. Dans le même ordre d'idée, le soldat Boveroux (milicien classe 38), prisonnier de guerre au Stalag XI B, aurait quitté le camp en compagnie d'un sous-officier allemand et n'aurait plus jamais été revu (document 383). Relevons à présent quelques témoignages dignes de foi.

A Coupole Sud : - Le 1er Mdl Fourier attribue les défaillances constatées à l'incompétence du  personnel. Selon lui, il suffisait d'une fausse manoeuvre pour mettre hors service le délicat matériel. Il ne pense pas qu'il y ait eu le moindre sabotage (document 302).

            - Le 1er Mdl Couclet déclare qu'à l'alerte, en arrivant à la coupole, il n'a constaté     aucune dégradation ni à la coupole, ni aux installations annexes. La coupole n'était pas ouverte à son arrivée  (document 312).

A Coupole 120 : - Le lieutenant Dehousse n'est pas au courant d'un sabotage possible de la coupole (document 321).

            - Le lieutenant Legaie ne croit pas que les constatations faites par Cremers aux embrayages et aux monte-charge résultent de sabotages. Les mécanismes étaient fort délicats, selon des constatations faites avant le 10 mai (document 316).

            - Le commandant Vamecq n'a pas l'impression que des actes de sabotage aient pu être commis (document 362).

            - Le lieutenant Verstraeten n'a rien constaté personnellement. Il n'a pas été signalé que les coupoles ou les casemates aient été trouvées ouvertes lors de l'occupation de l'alerte (document 360).

            - Le chef spécialiste Reynaerts signale que les monte-charges ont donné beaucoup d'ennuis avant le 10 mai (document 392).

 

Les raisons de la neutralisation si rapide du fort

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1° Avant l'attaque

 

- L'énorme surface de la superstructure a souvent été mise en cause (40 hectares). Cependant, si toutes les armes ou même seulement quelques-unes, prévues pour la défense terrestre avaient tiré, les planeurs et leurs occupants auraient été annihilés.

- Une arme secrète, les charges creuses. Celles-ci n'ont cependant percé aucune cuirasse des observatoires d'artillerie ni des coupoles. Des charges conventionnelles auraient causé les mêmes pertes parmi les observateurs.

- Les planeurs, un procédé « nouveau » inconnu jusqu'alors. Cependant, les parachutistes, eux étaient connus (mise en oeuvre de divisions entières de parachutistes en Russie dès 1936), les documents saisis à Maasmechelen y font allusion. Certes le regroupement de paras dispersés sur la superstructure du fort aurait pris plus de temps que le débarquement des planeurs mais peut-on supposer que cela aurait suffit pour compenser notre impréparation au combat ?

 

2° Au moment de l'attaque

 

La chute rapide du fort est essentiellement due au fait que les aéroportés ont surpris le fort en flagrant délit d'impréparation et cela malgré le long délai qui suivit l'ordre d'alerte réelle. Le fort n'est pas prêt, bien qu'averti. L'attaque demeure une « surprise » :

- Les 14 guetteurs prévus sur le massif ne sont pas à leur poste.

- Par manque de préparation technique, les MiCA échouent dans leur mission.

- La plupart des ouvrages ne disposent pas du personnel nécessaire.

- Des déficiences techniques apparaissent dès la mise en action.

- Les premières caisses de munitions ne sont pas ouvertes.

- Le commandant et de nombreux officiers se trouvent au dehors, à la poterne, au lieu d'être dans les bureaux de tir au moment de l'attaque. A l'exception d'une cinquantaine de cartouches tirées par trois MiCA, aucune arme du massif  n'a tiré le moindre coup au moment où l'attaquant était le plus vulnérable.

- Le fort, disposant de mines, les conserve en réserve au lieu de les placer sur le massif où                l'on avait, par contre, aménagé un terrain de football !

 

A quoi imputer l'impréparation matérielle et morale ?

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1° Le 9 mai 1940 : dans la soirée, le retour au régime normal des congés crée au sein de l'armée, une ambiance euphorique. Soulagés, après avoir trop attendu, les soldats ne manquent pas de fêter l'événement le soir même. L'allégresse est à son comble lorsque dans certaines unités, alors que les premiers départs en congé sont prévus pour le matin du 10, des permissionnaires quittent leurs garnisons le soir du 9 mai. Une telle atmosphère n'est certainement pas de nature à rendre crédible, quelques heures plus tard, une alerte réelle. Rappelons qu'en outre, un exercice d'alerte était prévu pour le lendemain 10 mai !

2° L'ordre de retarder les 20 coups d'alerte donné par un (mystérieux) échelon supérieur, reste étrange ! Le mot code (René) est bien celui de l'alerte réelle, y a-t-il confusion ? Contre-ordre ? Au fort d'Eben-Emael, les 20 coups ne sont tirés qu'à 03 h 25. C'est seulement alors que les plus incrédules, et ils sont nombreux, commencent à prendre l'alerte au sérieux et se lèvent, 2 h 50 après la réception de l'ordre d'alerte du GQG ! Si ce retard s'avère particulièrement néfaste pour la garnison de Wonck, il entraîne également de lourdes conséquences auprès des unités d'infanterie déployées le long du canal Albert.

3° Certaines directives particulières appliquables en cas d'alerte réelle et ipso facto, en cas de conflit, ne parviennent jamais aux unités, il s'agit notamment de :

- la nécessité d'ouvrir les caisses à munitions et de charger les armes collectives;

- certaines munitions, des allumeurs de grenades et des amorces restent dans les caisses plombées.

4° Le fort d'Eben-Emael n'est pas le seul dans cette situation, des problèmes similaires apparaissent au sein des unités d'infanterie chargées de défendre le canal Albert :

- les armes lourdes étant rentrées tous les soirs, les 8 mortiers du régiment défendant Veldwezelt ne sont pas en place lors de l'attaque des aéroportés;

- dans d'autres unités, les mortiers restent en place, mais leurs servants ne disposent que de grenades sans allumeurs !

5° Aucune instruction d'évolution d'infanterie au combat n'a été prodiguée aux artilleurs de forteresse (qui d'ailleurs ne disposaient que de l'armement individuel et collectif de piquet ) pour le cas où une contre-attaque devrait être opérée pour dégager les superstructures. De même, on n'avait pas prévu d'aménager des épaulements pour l'intervention terrestre des MiCA, pas plus que des tranchées, permettant à cette section se trouvant isolée sur le massif de se défendre contre une attaque terrestre. De fait, elle était dépourvue de grenades et de lance-grenades. Aucun réseau de barbelés, aucune mine n'avait été disposés en protection de la section MiCA.

6° Quelle attitude adopter dans le cas où l'ennemi utiliserait des prisonniers comme bouclier  ? Faut-il sacrifier des compatriotes au bénéfice de la défense de la position (ouvrages, coupoles) ? Faut-il ne pas tirer au risque d'être neutralisé ? Faut-il dans ce cas accepter tout simplement la défaite ? Un ordre précis et sans ambiguïté devait être prévu.

 

Les causes principales de la chute du fort et du canal

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1° Dans le chef du commandant du fort

En règle générale, les ordres qui sont donnés ne correspondent absolument pas à la situation à laquelle il faut faire face. Durant l'engagement, on remarque un manque chronique d'autorité et de contrôle sur le personnel. Beaucoup d'hommes demeureront inactifs, réfugiés dans les locaux de la caserne souterraine.

2° Du point de vue de l'instruction militaire

Au moment de l'attaque, le fort est inopérationnel. Dans l'ouvrage, le personnel est incapable de manipuler un matériel sophistiqué et délicat, qui nécessite des servants parfaitement drillés. Sur les superstructures, personne n'est capable de la moindre action sérieuse pour dégager le massif. Aucun exercice de ce genre n'a jamais été organisé et l'armement est totalement inadapté.

3° Le moral de la garnison

Le manque de confiance dans les chefs est omniprésent. A l'exception de certains ouvrages, la volonté de combattre est quasiment nulle. L'indiscipline est généralisée, elle est générée et renforcée par la peur d'un danger invisible et indéfinissable, devant lequel chacun se sent impuissant.

4° L'effet de surprise

L'attaque tombe du ciel avec une rapidité foudroyante, alors que la guerre n'est même pas encore déclarée.

5° Une nouvelle arme

L'utilisation de la charge creuse, aux effets dévastateurs, remet en cause tout ce que l'on croyait connaître sur la résistance des ouvrages fortifiés.

 

Les responsabilités

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Toutes les responsabilités doivent-elles être trouvées au fort ? Certes pas, elles sont certainement partagées du plus bas échelon jusqu'aux plus hauts responsables de la « situation » du fort. Certains ordres ne furent pas donnés, d'autres furent donnés trop tard. Après la fin de la guerre, il y eut, concernant le fort d'Eben-Emael, deux commissions d'enquête.

La première, que nous qualifions de « réglementaire » fit l'enquête d'usage pour tous les forts des positions de Liège et de Namur. Par la suite, pour Eben-Emael, il y eut une seconde commission, celle du général Derousseau  qui, semble-t-il, se contenta d'examiner uniquement ce qui s'était passé au fort, alors qu'à l'examen du dossier, de nombreuses questions concernaient d'autres échelons : GQG, CRA de Hasselt, commandants des Ier et IIIe Corps et commandant du RFL !

Qui devait répondre :

- du sous-encadrement de la garnison du fort ?

- du non-achèvement de certains travaux encore en cours au fort (ventilation, circuits

  électriques, système de liaison interne, bureau de tir, ouvrages de combat ?

- de la non-livraison de certains matériels (lunette coupole 120) ?

- du manque de précision relatif à certains ordres en cas d'alerte ?

- du prêt d'appareils téléphoniques au camp d'Helchteren ?

- de l'ordre de rétablir les congés le 10 mai 40 sans l'avis de la 2e Section du GQG ?

- du retard de transmission de l'alerte au fort (55 minutes) ?

- de l'ordre d'attendre avant de tirer les salves d'alerte ?

- de l'interdiction de tirer sur la Hollande  ?

- de la décision de déménager le GQG durant les premières heures les plus critiques de l'attaque ennemie et en l'occurrence du manque de liaison en ces moments cruciaux ?

 

En guise de conclusion

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L'attaque du canal Albert les 10 et 11 mai 1940, qu'il s'agisse des ponts, ou plus particulièrement du fort d'Eben-Emael, demeure un exemple de ce qui peut être réalisé par la combinaison de l'effet de surprise, l'initiative et la préparation soignée d'opérations menées par des combattants « super-entraînés », fanatisés et prêts à toutes les audaces. La garnison du fort semble avoir été victime d'une extraordinaire série de malchances, d'erreurs dues au caractère routinier des instructions de temps de paix et, à la longue mobilisation, aussi est-elle plutôt à plaindre qu'à blâmer. Vingt et un sous-officiers et soldats furent tués à leur poste et les équipes de certains ouvrages, tels Coupole Sud, Canal Nord, Canal Sud et Bloc 01 sont dignes de tous les éloges. On ne connaît pas avec certitude le nombre de victimes de la bataille du canal Albert, mais il y a lieu de se souvenir que la 7e DI, défendant le secteur, a perdu environ 900 hommes et qu'un millier d'autres furent fait prisonniers. Parmi les morts au combat : 116 ont perdu la vie à Veldwezelt; il y eut de nombreux blessés et 400 prisonniers. 147 furent tués à Vroenhoven; il y eut beaucoup de blessés et à peu près 300 prisonniers. 216 morts furent dénombrés à Kanne, de nombreux blessés et environ 190 prisonniers.

Cette énumération quelque peu lapidaire, révèle le triste bilan d'une situation défensive engourdie par une doctrine neutraliste quelque peu excessive, sinon naïve, compte tenu des leçons du passé, et du contexte de la tension internationale de l'époque. Subissant une agression résultant d'une stratégie machiavélique, conjuguée à de hardies opérations offensives menées avec maestria par l'attaquant, les troupes défensives belges se trouvèrent subitement plongées dans une avalanche d'événements auxquels leur impréparation matérielle et morale ne leur permit pas de faire face. D'abord figées dans la stupeur, la plupart des unités se ressaisirent alors que les objectifs essentiels étaient déjà atteints par les assaillants. Néanmoins, à l'issue de ces deux premiers jours de combat, tout aussi déplorable que fut la situation au canal Albert pour les Belges, il y a lieu de rappeler leur brillante conduite au combat. Entre autres, les unités d'infanterie et d'artillerie d'appui et de forteresse engagées dans la défense de ce secteur qui, bien que placées dans les premières heures de guerre toujours les plus pénibles pour de jeunes troupes, au point où se produisait l'effort principal allemand, eurent une attitude au feu qui leur coûta un lourd tribu . Ainsi, les unités de la 7e DI ont largement mérité « Canal Albert » sur leurs étendards ainsi que cette citation :

« Première grande unité ayant subi une attaque en force de la Wehrmacht, soumise inopinément à un bombardement aérien d'une violence extrême et à l'intense action de procédés de combat nouveaux et démoralisants. Etirée sur un front de plus de 20 km et de ce fait, pratiquement privée de réserves, a opposé sur le canal Albert à un adversaire matériellement fort supérieur, une résistance qui lui coûtèrent des pertes élevées ».

 

Les sources

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- Journal de campagne reconstitué par le major Jottrand (en captivité).

- Archives du fort d'Eben-Emael et unités ayant combattu au canal Albert.

- Ceux du fort d'Eben-Emael (anciens du fort).

- Les paras allemands au canal Albert, mai 40 - Lohest J.C.

- Albert Kanal, Eben-Emael - Walther Melzer.

- Eben-Emael - Günther Schalich.

- Lastenssler auf Eben-Emael - J.E. Mrazek.

- Deutscher Pioniere E.V. (Pi IIe Bn 51 mot) - H. Quedenfeld.

- Die Hinnahme von Eben-Emael - Rüdolf Witzig (major ad).

- Manuscrit de Fallschirmjäger du groupe Granit. Witzig-Wenzel-Arent-Maier-Niedermaier-Alef W.

- Récits verbaux de Witzig et Wenzel (souvenirs).

- Eben-Emael, die Überraschende Einnahme entscheidet den Westfeldeug.

- Ce que j'ai vu à Eben-Emael, par l'aumônier du fort (abbé L. Meesen).

- En contre-attaque sur Eben-Emael par le commandant S. Hautecler.

- Copie du rapport établi en 1945 par le sous-lieutenant Wagemans (2e Grenadiers).

- « Die Deutschen sind da. Oh mon Dieu ! » - Jochen R. Klicker.

- Relation des événements qui se sont passés les 10 et 11 mai 40 au fort d'Eben-Emael (mémoires écrites en captivité par le

  major Jottrand).

 



Article ajouté le 2007-10-03 , consulté 571 fois

Commentaires


gustin le 27/03/2008 à 23:56:16
Bonjour
J'ai lu avec attention l'histoire du fort
en 40 j'avais 5 ans et j'habitait Petit Lanaye ,j'ai
manquer de sauter sur le petit pont en fer , nous étions mes parents et moi a coté du pont quand des soldats qui se trouvait dans la montée pour aller au chateau Caster nous crie de fuire car le pont était
allumé et allait sauter et si je suis vivant s'est
que l'allumage n'a pas fontionner mais quelques minutes
plus tard nous étions dans la cave et notre beau petit
a voler en morceaux et il n'y avait plus un carreau
mon père etait receveur des douanes et j'habitait
dans la maison juste en face du chateau Caster, a coté
de l'école a l'époque s'était un beau village...

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