La captivité de mon grand père le 10 mai 1940 1er partie : Arrestation
Première partie, l'arrestation
Il y a 67 ans, le 10 mai, Georges, fut fait prisonnier
http://www.photoshow.net/watch/gj4yQ8WY
Ci-dessus un photoshow avec toutes les photos
Dans le courrier des lecteurs du bulletin Tome IV, fasc. 12 de décembre 1991, Monsieur HUYGEN cherchait des renseignements concernant les camps de prisonniers de Fischbeck et d'Eischtätt (Oflag X D et VII B) où se trouvait pendant la guerre son grand-père Georges PIGEON.
Il avait également fait paraître un avis de recherche dans le Journal "Le Prisonnier de Guerre", en février 1992 et il reçut des réponses qu'il nous a communiquées. Nous en extrayons ce qui suit.
Tout d'abord, le Colonel e.r. Raymond COLLIN, explique pourquoi "Monsieur PIGEON" a été envoyé dans un Oflag, c'est-à-dire un camp pour officiers.
"J'ai bien connu votre grand-père "Monsieur" Pigeon, notamment à l'Oflag de Fischbeck et Colditz, mais particulièrement à Eischtatt où il logeait comme moi au Bloc A. En fait votre grand-père, pour autant que je m'en souvienne, devait être avant la guerre "Agent technique" des Bâtiments militaires pour la garnison de Liège (Note de la rédaction : Selon d'autre témoignages. Monsieur Pigeon avait le rang de major et nous savons par Monsieur Cailleaux qu'il était en service à Arlon). Pour la période de mobilisation et la guerre, il aura dû être "militarisé" et assimilé au grade d'officier subalterne et à ce titre était donc prisonnier dans un OFLAG et non dans un STALAG.
Le Bloc A d'Eichstatt était occupé en majorité par des officiers en provenance des Forts de Liège et Namur ...
Je conserve un excellent souvenir de votre grand-père toujours très affable et souriant et ayant semble-t-il un moral à toute épreuve. Nous étions d'ailleurs un peu "PAYS", lui provenant de CINEY et moi de MARCHE-en-FAMENNE, ayant le même accent régional ..."
Découvrons ensuite la lettre de Monsieur Maurice CAILLEAUX qui nous apprend, entre autres, comment Monsieur PIGEON et lui-même furent faits prisonniers par les Allemands dès le 10 mai 1940, tôt dans la matinée.( 6 Hrs 30)
"…
"Je suis très heureux de pouvoir rendre service au petit-fils d'un homme que j'ai toujours admiré pour son intégrité et sa gentillesse, c'est grâce à lui que j'ai effectué mon service aussi agréablement ...
j'ai été muté au 1er Chasseurs Ardennais à Arlon en qualité de chauffeur pour le Service des Bâtiments militaires à la caserne Callemeyn. J'y ai fait la connaissance et ai été affecté au service de Monsieur Georges Pigeon (Adjoint technique principal) du S.B.M. d'Arlon ...
Quelques photos avant le conflit:


La minerva de service, à côté Maurice Cailleaux son chauffeur

Par une journée printanière Abbaye d'Orval
"Venons-en au fait :
Le 10 mai 1940 depuis 2 heures du matin, il y avait de nombreux avions (allemands sans doute) qui survolaient Arlon. Vers 4 heures du matin, j'ai reçu l'ordre d'aller appeler "mon chef", Monsieur Pigeon. Nous sommes rentrés à la caserne Callemeyn (c'est là que se trouvaient les bureaux du S.B.M.).
J'attendais dehors. Vers 5 heures. Monsieur Pigeon est sorti pour me dire qu'il avait eu une communication téléphonique avec Namur et que nous devions rejoindre le plus rapidement possible avec les archives (qui se trouvaient dans la voiture depuis plusieurs jours)".

"Nous sommes donc partis en hâte, car on nous avait avertis que le pont de chemin de fer de Stockem allait sauter (les petites destructions environnantes l'étaient déjà). Quand nous sommes arrivés dans la forêt d'Anlier, il passait tellement d'avions (qui tiraient chacun trois planeurs) que nous nous sommes rangés sur le bord de la route et avons stoppé une des nombreuses voitures qui venaient dans l'autre sens. Le conducteur nous a dit n'avoir rien remarqué sur sa route. Nous nous sommes donc remis en route et après un virage, nous avons dû nous arrêter à la sortie de la forêt d'Anlier, car la route était barrée avec des troncs d'arbres et des mines antichars. (Nous étions prisonniers).

La carte avec son parcours en rouge le trajet de la déportation en blanc le retour

Le lieux exact où nous furent fais prisonniers le 10 mai 1940 vers 6 hrs 30 à Rancimont
Monsieur Rostenne, qui était parti avec sa voiture un moment après nous, s'est aussi jeté dans le piège ! Et ensuite un autocar de soldats belges qui rejoignaient sans doute leur cantonnement !
Il y avait une cinquantaine de parachutistes allemands armés jusqu'aux dents et qui nous attendaient. Nous avons été alignés sur le bord de la route et visités. Face à nous, il y avait des parachutistes avec leur mitraillette pointée. Votre grand-père m'a dit : "Maurice, maintenant c'est la fin." Les parachutistes ne faisaient pas de prisonniers, nous avait-on dit (dans les journaux). Heureusement cela n'a pas été le cas.
Nous avons été parqués dans la cour d'une ferme à

Voici la ferme où nous fumes rassembler dans la cour à Rancimont
Après quelques heures d'attente, les combats ont cessé. Nous avons dû nous préparer et on nous a chargés d'une bombe antichar et d'un caisse de bandes de cartouches de mitrailleuse. Votre grand-père a refusé dignement, disant "qu'il était officier et qu'il ne porterait pas d'armes ennemies". Nous nous sommes dirigés à travers bois et champs en direction de Fauvillers où nous avons passé notre première nuit de captivité dans l'église du village.

Le lendemain nous nous sommes remis en route direction de Bodange où les Chasseurs ardennais s'étaient battus farouchement et avaient eu de nombreux morts. Sur la route passait un convoi de tanks et de canons, ensuite direction Warnach (sur la route Bastogne-Martelange). Là nous avons passé les fêtes de Pentecôte dans la grange d'une grosse ferme, toujours sous la menace de mitrailleuses et la menace de mort de tout le groupe P.G. en cas d'évasion d'un seul !
Le mardi 14 mai dans la soirée, on nous a embarqués dans un autocar qui avait probablement amené des soldats allemands et sommes partis en direction du Grand Duché, je pense Ettelbruck et Vianden, de là en Allemagne, à Neuerbourg où l'on nous a fait loger dans les ruines du château.

Le lendemain, dans la matinée, on nous a conduit à la gare où on (on = les boches) nous a embarqués dans des wagons à bestiaux aux trappes garnies de barbelés. Après un voyage de 32 heures, nous sommes arrivés à Hemer (en Westphalie). Nous y sommes restés quelques jours et c'est là que nos chemins se sont séparés. Monsieur Pigeon en tant qu'officier a été dirigé sans doute vers un Oflag (camp pour officiers) et Monsieur Rostenne et moi avons été dirigés vers le Stalag à Fallingbostel.
Comme personne âgée. Monsieur Rostenne a été libéré assez vite. Quant à moi, j'en ai pris pour 5 années (comme Wallon).
A Arlon, j'avais un oncle qui habitait juste à côté de l'Hôtel de Ville et qui était Pasteur protestant évangéliste. C'est lui qui a fait parvenir la lettre de renseignements à mes parents (voir ci-après).
Je suis très heureux si j'ai pu vous rendre service, surtout à la mémoire de Monsieur Pigeon, votre grand-père, à qui je vouais une très grande affection ..."
M. Cailleaux.
Quand à mon grand père lui, il prit la direction de Coditz pour une période de 3 mois


Commentaires
Stevenot Gilbert le 23/12/2008 à 15:19:30Très bon récit de Mr Cailleaux. Je ne savais pas que les Allemands étaient aussi proches de mon village Tintigny-sur-Semois.Vers les 6 h du matin, mon frère et moi longions un bois entre Etalle et Chantemelle, où nous conduisions une vache, pour un cousin marchand de bestiaux.On entendait le bruit de tirs lointains. De retour en voiture nous découvrions sur la route un fusil-mitrailleur que nous emportions. Quelques minutes plus tard un side-car monté par deux Chasseurs Ardennais, recherchaient ce fusil perdu. Ils étaient heureux bien sûr, mais nous n'avons pas échangé nos cartes de visite, d'autres soucis nous attendaient. Vers 11 h, nous partions pour la France. Bureau de recrutement en France et bien des années plus tard j'apprenais que j'étais devenu CRAB. Merci pour le E....
mag60 le 23/12/2008 à 16:05:47
Monsieur Stévenot, merci pour votre commentaire, très intéressant, je me suis toujours dit un jour je devrais faire un tour pour essayé de retrouver les endroits par où mon grand père es passer
Cordialement
Georges